Cameroon Tribune 2 July
Le diabète : un casse-tête pour les malades africains
Marthe BASSOMO BIKOE, [02/07/2007]
Naïrobi, la capitale kenyane a accueilli vendredi dernier un sommet mondial consacré à la maladie.
Une affaire de famille. Mais quelle histoire et quelle famille ? Du haut de ses 18 ans, John Mugwe, jeune kenyan, raconte sa vie. Voilà deux ans et demi que le diagnostic a été sans appel : diabète. Et depuis, tout a changé. " J’urine plusieurs fois par jour, j’ai tout le temps soif. " L’histoire prend un tour pathétique parce que la famille de Mugwe connaît, elle aussi, le diabète. Ses deux frères, Leah Wangui, 16 ans, et Anthony Wainama, 4 ans, sont eux aussi atteints de diabète. La grand-mère a également été diagnostiquée, il y a quelques années. Se procurer de l’insuline n’est pas chose facile et souvent Mugwe est obligé de partager sa seringue avec ses frères ! La vie est difficile à l’hôpital de Navaisha, un village situé à une centaine de kilomètres de Naïrobi, au Kenya. Il a fallu près de deux heures de route pour arriver ici.
Le niveau de vie des populations est très bas. Les revenus proviennent essentiellement du produit des champs. Dans cette partie du pays l’activité principale est l’agriculture. L’accès à l’insuline est un vrai problème. Il faut souvent, au prix fort, s’en procurer dans les pharmacies de Naïrobi. Seulement, Mugwe et les siens n’ont pas de réfrigérateur, encore moins de l’électricité, pour conserver le précieux médicament qui les maintient en vie. Comme il faut bien trouver une solution, ils conservent l’insuline dans de l’eau glacée, elle-même achetée à des prix exorbitants. Même si le tableau est sombre, tous les enfants ont appris à s’injecter eux-mêmes.
Les familles comme celles de Mugwe, sont nombreuses au Kenya où s’est ouvert vendredi dernier, le sommet africain sur le diabète. Les organisateurs ont pensé qu’il était bon que les participants descendent sur le terrain pour toucher du doigt la réalité de la maladie sur le continent. Avec ces histoires vraies qui ont serré les cœurs et arraché des larmes, il ne sera plus possible de parler de ce que l’on n’a pas vécu. Des experts parmi les plus éminents au monde, des ministres de la Santé, des donateurs et des responsables sanitaires de différents pays se sont donc réunis. Pendant deux jours, il a été question de débattre essentiellement de la prévalence croissante du diabète dans les pays en voie de développement. Le Cameroun était représenté à ces assises par une délégation de six personnes conduite par le directeur de la lutte contre la maladie au ministère de la Santé publique, Pr. Lucienne Assumpta Bella et Pr. Jean Claude Mbanya, président élu de la Fédération internationale du Diabète (IDF).
Cette rencontre avait pour but de faire la lumière sur la prévalence de plus en plus forte du diabète sur le continent africain, de développer des stratégies de prévention afin d’endiguer ce fléau, mais aussi d’initier et de soutenir un programme durable de prévention et de traitement du diabète qui fait cruellement défaut aujourd’hui.
Selon les experts, en 2007, 246 millions de personnes souffrent de cette maladie dans le monde. 308 millions sont sur le chemin du diabète. Selon leurs prévisions, en 2025, les chiffres augmenteront de 5, 5%. L’Inde bat les records avec 40, 9 millions de malades, suivie de la Chine avec 39, 8 % et des Etats-Unis avec 19, 2%.
En Afrique, l’Afrique du Sud est en tête. En organisant ce sommet, la Fondation mondiale du diabète, la WDF (World Diabete Foundation), en coopération avec le ministère de la Santé publique du Kenya, le bureau régional pour l’Afrique de l’OMS et la Fédération internationale du Diabète, voudraient aider les populations défavorisées dans les pays en voie de développement. " Nous voulons prévenir les amputations, la cécité. Nous voulons mettre l’accent sur l’alimentation des diabétiques et améliorer les conditions difficiles des enfants. Nous voulons enfin atteindre une solution durable pour tous ceux qui souffrent du diabète ", reconnaît un expert.
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